Dimanche noir

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Dimanche 8 mai 2016. Seulement  4 jours après avoir fêté en grande pompe mon 33ième  anniversaire avec ami(e)s et parents,  l’envie de reprendre la route est forte.  Un mois auparavant #DrovilleTour était lancé. Un projet personnel qui ambitionne parcourir la Côte d’Ivoire pour mieux l’écrire. Les étapes de  Guiglo et Béoué, un village environnant la cité de la paix rencontrent un franc succès. Les retours sur des articles (commentaires et appréciations) sur la toile font monter l’adrénaline. Mon projet plaît, j’en suis  plus qu’heureuse.

Etape suivante, découvrir la culture Wan, une population mandingue d’Afrique de l’ouest établi  dans le centre de la Côte d’Ivoire. Ils ne sont plus que 15 au pays paraît-il. Et eux seuls parleraient 5 langues et cumuleraient  de drôles de fêtes d’initiations, rites et rituels tous aussi loufoques qu’extraordinaires. Du pain béni pour moi, la journaliste  qui devait rejoindre mon guide basé à Guiglo.

Pressentiment

5H00, Riviera Faya, chez ma grande sœur. Le réveil s’annonce difficile. J’ai la flemme, je suis lourde et bientôt gagnée par un coup de blues… plus grande envie de quitter les miens… Mais il fallait que j’y aille ; j’étais attendue à  plus 500km d’Abidjan. Fallait pas faire faux bond. Après le lit, direction la salle d’eau. Je prends ma douche, prépare sac et valise  avec empressement. Les premiers cars partent tôt , les passagers aussi.

En route…

5h30 mn, le jour peine à se lever à l’immeuble « Idéal pain ». Les boulangers d’ordinaire matinaux sont invisibles. Seul le gardien, un musulman fait sa prière. Je traverse  dans la nuit  froide la balustrade avec peur et précaution. Ma myopie s’est aggravée et je n’ai  pas mes lunettes. De l’autre côté de l’immeuble, je me jette dans le second 24 places sur cette artère Bingerville-Adjamé jamais vide. Le démarrage s’annonce bien. Je suis la seule passagère à bord du Gbaka. Le mini car de transport en commun, plutôt en bon état a son apprenti et chauffeur curieusement polis et bien mis ce jour-là. Ils m’adressent les salutations, je suis même aidée à la montée avec mes nombreuses affaires. Carrefour Faya, Riviera palmeraie, Après barrage, 9kilos, le véhicule calme  se rempli et désempli au fur et à mesure que l’on progresse vers la ville. Riviera 3, station Shell, autre point de stationnement, une forte délégation de filles anglophones flashy et sexy font leur entrée. Naïja ? Ghanian? Je ne saurais le dire.  Des « My sista ooh » constituaient les terminaisons de la majorité des phrases. Elles parlaient et riaient un ton au dessus de la normale. A cet instant, notre véhicule venait de perdre sa tranquillité, quiétude  et  fraicheur. C’était énervant. Elles revenaient visiblement d’une soirée arrosée et avaient encore beaucoup à se raconter. Je me réfugiais dans  mon Smartphone pour oublier leur débat enjoué.

6 heures bientôt, le désormais bruyant véhicule avance à vitesse extraordinairement raisonnable  vers Adjamé, sa destination finale. Nous  franchîmes la Riviera 2 avec succès, le 24 places est  plein à moitié et met le cap sur Cocody. Carrefour École de police puis celui du CHU , deux autres femmes embarquent. L’une d’entre elles arbore un boubou et est enturbannée d’un voile fleuri, tandis que l’autre, une robe simpliste et bible en main. Elles semblaient se rendre à différents lieux de prière. C’est dimanche, jour de Dieu, je vais briller une fois de plus par mon absence à la messe. J’ai un pincement au cœur.

Le noir

L’école de gendarmerie, carrefour Cocody, la pharmacie Mimosa… c’est un énorme bruit puis le noir. Lorsque je rouvre les yeux, c’est le chaos. La scène est comparable  à un champ de bataille. ça et là du sang, de la fumée, des morceaux de vitres brisées, des corps étalés, des cris et pleurs. Des blessés graves étaient assistés, aidés par moins blessés qu’eux. Notre véhicule est méconnaissable, complètement en pièces. Et moi, la passagère anciennement bien installée à la place du mort,j’étais là, seule, affalée sur le bitume, la jambe gauche difforme. Comment suis-je arrivée là ? Encore aujourd’hui c’est toujours le noir. Le cerveau refuse de s’en souvenir. J’ai tout de suite  essayé de me mettre sur pieds pour fuir ce champ de guerre… Impossible. J’ai  du sang qui gicle de la bouche, j’ai une dent déplacée…

les secours

Je suis maintenant consciente que je suis atteinte… et pas qu’un peu ! Ma blessure est complexe et aucun des « helpers » ne veut prendre le risque de me déplacer. Je cherche des yeux de l’aide et mon sac à dos en vain. Ce dernier  contenait mon téléphone.  vite, il me fallait joindre mon aînée. Et mon porte-bagages n’était plus là ou je l’avais posé auparavant. Je finis par le retrouver au pied d’un de nos « secouristes ». Avec le soupçon  de force qui me restait j’intimais l’ordre au quidam de me le ramener. Alertée, Annick  n’en revenait pas. Elle est effondrée. En attendant son arrivée imminente, je m’accrochais à rompre les phalanges  d’un médecin qui s’était approché. L’homme venait d’arriver sur les lieux. « je suis pharmacien » m’as-t-il dit. Je n’arrêtais pas avec mes questions et plaintes : « ma jambe, regardez ma jambe ! J’ai mal à la jambe et à la hanche. Vais-je remarcher ? Vais-je mourir ? Ne me laissez pas tomber M. Restez avec moi svp » le suppliais-je en larme, la voix vibrante de peur et de douleur.

« Je suis avec vous madame, calmez vous ! » me réconfortait ce presque parent à qui j’écrasais les doigts au fur et à mesure que l’intensité de la douleur s’amplifiait. Ma sœur, puis mon beau frère et les pompiers arrivaient pratiquement tous au même moment sur le lieu du drame où j’assistais impuissante à un ballet d’émotions.  D’abord les pleurs pour ma sœur, la colère, consternation, l’indignation du beau frère,  et le calme olympien des pompiers. Ça se voyait qu’ils étaient des habitués de ce genre de scène…

6H05mn, notre Gbaka venait d’entrer en collision avec un véhicule de type 4X4, un mastodonte selon les badauds qui revenus de leurs émotions se laissaient aller aux commentaires et bilan. Selon eux, il faisait était d’un mort, plusieurs blessés et la faute incomberait au chauffeur du 4X4 qu’ils accusent de conduite en état d’ivresse. Les  pompiers eux sont préoccupés à sécuriser le périmètre et à stabiliser les blessés. Ils se penchent tout de suite sur mon cas, je suis apparemment la plus touchée, la chanceuse! Je m’en sors in extremis avec le fémur  gauche serpenté, une douleur atroce à la hanche + une mandibule traumatisée. Je venais ainsi d’avoir le statut officiel d’accidentée et d’obtenir mon ticket  pour le fameux service des urgences du CHU de Cocody.

 

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4 réflexions sur “Dimanche noir

  1. berry225 dit :

    Yako yako !!! Mais ta jambe est consolidée ou c’est toujours plâtré ??

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  2. Emouvant vraiment yako soeurette Dieu est Dieu

    Aimé par 1 personne

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