Double peine pour Irène, la "folle"

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Irène la « folle » dans ses quartiers . Crédit photo: Pascale MÜLLER

Irène Kouakou est une jeune malade mentale vivant à Djamalakro,  localité située à 32 Kilomètres de Bouaké. Âgée de 20 ans,  Irène a été maintenue prisonnière depuis un mois chez sa mère du fait de sa maladie. Le pied enfoui dans un tronc d’arbre, la jeune fille  a été dans l’impossibilité de se mouvoir et  obligée de faire tout sur place y compris ses besoins. Localisée puis secourue par les agents de st Camille , la malade  est amenée dans ce centre d’accueil  et placée dans le pavillon réservé aux femmes. Désormais assistée, elle retrouve  le sourire. Lundi 18 Mai 2015 ,retour sur la délivrance d’Irène .

« Alcatraz »

 En face  de la demeure du chef de village se dresse la bruyante maisonnette  de la famille d’Irène.  Et en plein milieu de la cour, sous un arbuste, s’érige les quartiers de la malade mentale.  le pied enfermé dans un tronc d’arbre fait sur mesure, la jeune fille  chante à se rompre les cordes vocales.  

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 Irène,frêle, est immobilisée, incapable d ‘effectuer tout déplacement. Elle  se nourrit,  se douche et vit  sur place . Traumatisée à la suite d’un viol dans son enfance, Irène souffre de démence depuis 10 années. Et selon  sa mère le quotidien de la famille rime depuis avec inquiétudes et recherches d’Irène. De ces multiples bagarres, la jeune fille porte les nombreuses marques sur le corps. La tenir en laisse, la seule  solution de circonstance  pour  l’empêcher de fuguer et de tout casser  . Cela est également aux dires de sa mère une garantie pour la quiétude de ce petit village Baoulé.

Irène, un poids pour la famille

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Le nourrisson en main,la mère observe impuissante  sa fille. La quarantenaire peu flatteuse, la précoce vieille dame  est à sa neuvième maternité. Ménagère , célibataire vivant sous le toit paternel, « aucun des pères de ses enfants n’a voulu de moi comme épouse « – nous dit elle. Cette femme n’a  pas d’argent, pas de ressources, pas d’amis ou de parents pour l’aider. Le suivi à l’hôpital psychiatrique revient  en moyenne à 10 000 fcfa  le mois. Une somme loin de la bourse familiale.

La délivrance

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L’arrivée des agents de la caritas et de l’ONG allemande les amis du centre st Camille est une  chance pour Irène. Coulibaly Adama et Mathias Koffi  ont l’habitude de ces cas. Une fois par trimestre, ces derniers parcourent villages et campements à la recherche de malades comme Irène. Parfois les transferts se passent violemment, à cause  des parents parfois et d’autres fois à cause du malade lui même.

Ici, rien de tel. Celui d’Irène  se présente bien . La famille n’élève aucune objection. C’est avec émotion que la baptisée  folle du village quitte  bourreaux et  famille pour le centre d’accueil des femmes St Camille .

Plus tôt calme, le voyage vers la ville se déroule sans aucun incident. La jeune dame à moitié lucide raconte à ses  héros du jour  ses voyages et villes  qu’elle dit avoir visitées.

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St Camille, le nouveau toit

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13 heures, le portail du centre est franchit . Les pensionnaires sortent de table à peine. Occupées à faire le ménage pour certaines et la sieste pour d’autres. Irène rencontre ces nouveaux visages sans étonnement. Reçue par  celle que l’on appelle  affectueusement « tantie kadi », l’infirmière en chef , la malade est enregistrée. Un dossier lui est ouvert  et un tranquillisant  aussitôt administré. En attendant, un diagnostic plus poussé du médecin le lendemain, la nouvelle venue est logée dans la chapelle du centre érigée en dortoir de circonstance . Le nombre des pensionnaires vient de franchir le cap des  145. Les trois chambres de ce centre sont pleines et paraissent aujourd’hui  exiguës. Sous ce nouveau  toit  couvert, Irène,la « folle » retrouve un peu de liberté . «  La familiarité avec les autres femmes de ce centre se fera tout naturellement» affirme tantie Kadi

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Irène retrouve le sourire à st Camille .Crédit photo: Ouli


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Irène et les autres pensionnaires du centre d’accueil st Camille


 

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0 thoughts on “Double peine pour Irène, la "folle"

  1. Je suis vraiment touché. Chapeau Madame

  2. Merci pour cet article Rita

  3. phonerol dit :

    Waouh, super article, qui nous montre une des faces de notre société qu’on se refuse de voir.
    Merci à toi Rita

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