Joyeuses funérailles !

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Autre lieu, Yopougon place Figayo, même constat. Crédit photo : Frédéric Goré Bi Djo

Les Guérés sont un peuple de l’ouest de la Côte d’Ivoire. Chez ce groupe ethnique, les funérailles ont tout sauf  des allures de tristesse, de recueillement. Revisités par ses fils, ces  événements sont désormais haut en sons, en couleurs et en personnes. Les obsèques chez les wè sont désormais des lieux d’un certain « m’as- tu -vu ». Un lieu où le sexe, l’alcool et la luxure font bon ménage. Plus chaudes,  plus dansantes, de plus en plus arrosées , ces funérailles  ont  surtout des faux airs  de fêtes. c’est à croire que la perte d’un être cher est l’occasion de se réjouir.

Yopougon, place CP1. Célèbre lieu culte. Ce repère est l’endroit dédié aux veillées funèbres du tout  Yopougon (la plus grande de Côte d’Ivoire). Mercredi 16 septembre 2014, Solande Kla, fraîchement orpheline,  a le visage gai, tignasse rouge bordeaux et arbore une robe mi- cuisse et près-du-corps. L’imprimé de son tissu se retrouve un peu partout sous les cinq bâches. C’est un uniforme. Une sorte de « Dress code » confectionnée par les proches et l’entourage de Kla. Un signe de solidarité mais aussi un indice de deuil. Ses collègues de travail, copines d’enfance, frères et sœurs sont venus nombreux. Ils sont en général réunis par grappes. La plupart des hommes bavardent. Certaines femmes s’affairent. Seule une minorité, des doyens du troisième âge, sont calmes et réservés. Pour le reste, ils sont tout sauf attristés. La dépouille du  septuagénaire est exposée sous une bâche blanche. Les pleureuses-danseuses sont au centre en face du cercueil.

Les 4 autres bâches sont toutes occupées par les compatissants. Ils sont environs 200. Le lendemain, jour ouvrable, ne freine aucunement leur élan de solidarité. La musique en ce lieu est assourdissante. Un large répertoire d’artistes Guéré est joué. Une ambiance propice pour les danseuses du « débahou », danse phare de ce peuple. Les pas sont exécutés avec beaucoup de grâces, souplesses et sensualité. Les danseuses  de teint clair et charnues captivent. A chaque pas  de danse, c’est la ruée sur la piste de sable. L’endroit ressemble désormais à un bar dancing à ciel ouvert. Un nuage de poussière survole la place CP1. Un véritable bals poussière.

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Le MC (Maître de Cérémonie)

Un Guéré bien sûr ! Il manie parfaitement la langue. Il connait et maîtrise les noms et visages de la plupart des donateurs. Des pré-requis, un impératif . Il ne faut surtout pas écorcher encore moins oublier le nom des généreux bienfaiteurs. Aucun don n’est négligé. Pour 1 000 ou  2 000 Fcfa, votre patronyme est cité. Les éloges sont fonction du don. Les noms des plus offrants résonnent un peu plus fort dans les baffles. C’est la règle ! Toute leur dynastie est citée. Le MC est « polyglotte ». Il traduit les donations aussi bien en français qu’en Guéré et vice versa. Il est choc, vivant et transpire. Faire des éloges d’environ 200 personnes en 2 langues toute une soirée, il faut avoir quelque chose de plus qu’un simple animateur télé. A coté, les comptables qui reçoivent les offrandes en nature et en espèce. Ce sont des gens de confiance et de bonne moralité en général, surtout connus de la famille.

Vendeurs et commerçants se frottent les mains

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Aux alentours de ce lieu bruyant se trouvent des vendeurs de “cane juice”. Une boisson locale à forte dose d’alcool. A la place CP1, plusieurs veillées funèbres ce jour. Tous des clients potentiels. Sur des tables d’un mètre cinquante de longueur, toute une large variété de boissons locale forte. Des sachets “sécosse”, petits sachets pratiques de Jin, aux boissons aux couleurs arc-en-ciel, en passant par le “koutoukou”… tout y est. Autre élément marketing frappant : le noir. Ces vendeurs refusent d’être exposés à la lumière. Leurs  clients préfèrent  passer incognito. Entre deux pauses les veilleurs-danseurs viennent chasser l’ennui, la fatigue et  le sommeil.

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9 réflexions sur “Joyeuses funérailles !

  1. Où étais tu dans tout ça? Merci pour ce voyage dans la tradition de chez toi. Qui aime bien châtie bien…

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  2. wilane paté dit :

    Bonne description des funérailles en Côte d’Ivoire. Cette façon de vivre le deuil n’est pas spécifique aux seuls guérés. Bien d’autres peuples en Côte d’Ivoire font pareil et parfois pire. Toutefois votre papier est vraiment bien écrit!!!! Félicitations et bonne continuation.

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  3. korotoum dit :

    je crois qu’il faut qu’on agissent selon ce que disent les livres saint, car que des dépenses pour rien car ni les danses encore moins les fêtes réveillerons le mort.

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  4. le symbole sex market est occulté pourtant c’est la la réalité, tous sont sur leur 31 pour chopper ou se faire chopper

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  5. Latty dit :

    Si ça peut rassurer, cet exhibitionnisme aux funérailles qui consiste à aller voir et se faire voir, n´est pas l´apanage du seul peuple wè (guéré, wobé); Ce phénomène s´observe dans toutes les agglomérations africaines et même dans les villages les plus reculés! Ça découle en partie de la perception qu´on a de la mort! Chez nous en Afrique, « …les morts ne sont jamais morts, ils sont parmi… » pour paraphraser! D´ailleurs, dans la plupart de nos langues, on évite de prononcer le mot « mort » pour dire d´une personne qui´elle est décédée; on lui préfère « elle s´est couchée », « elle s´est endormie », elle est parti pour le grand voyage »…
    On se console avec l´idée que chaque personne partie est une personne de plus qui veille (de là-haut) sur la famille, le clan, le village, la tribu…
    En revanche, ce qui est nouveau, et c´est ce que tu pointes du doigt à raison, c´est cette incroyable orgie du sexe et de l´alcool qui se développe autour. Une orgie qui relègue la tristesse et le recueillement au second plan. On a du mal à se débarrasser de l´impression que les gens sautent (peut-être) de joie quand on leur annonce un décès en se disant « Enfin! » . Comme d´autres attendraient avec ferveur la Noël, la Tabaski, la Saint-Sylvestre, la Saint-Valentin…Le côté festif, jouissif, vénal a pris le dessus sur ce grand moment de prière, de repli méditatif, de piété et de réflexion sur notre condition de vivant… C´est ça qui est dégoûtant.

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